Comment apprendre à jouer en « finger-picking » à la guitare

Catégorie(s) : Techniques

Dans les précédentes leçons sur le Blog GD, nous avons surtout abordé des techniques qui se jouent avec un médiator. Dans ce cours-ci, nous allons nous attaquer au « finger-picking » à la guitare, une technique ancienne, mais qui ne se démode pas, qui consiste à gratter ou pincer les cordes strictement avec les doigts.

Il faut savoir que, dans les préludes de l’instrument, les musiciens appliquaient en guitare acoustique une technique de jeu sans médiator.

Ce n’est que quelques décennies plus tard que les musiciens ont commencé à utiliser un petit dispositif (généralement en plastique) pour jouer de la guitare.

Cette façon singulière de faire de la musique avec les doigts a permis à plusieurs guitaristes de vivement s’illustrer dans le classique, dont : Lagoya, Andres Segovia, John Williams (c’est un homonyme, donc à ne pas confondre avec le compositeur de musiques de film) ou encore Filomena Moretti.

Un peu plus tard, d’autres guitaristes, surtout dans la musique jazz et le blues ont largement contribué au développement du jeu en finger-picking et ont inspiré une panoplie de musiciens connus actuels, tels que : Chet Atkins, Marcel Dadi, Pierre Bensusan, Jean-Félix Lalanne ou Tommy Emmanuel.

La plupart de ces musiciens s’inspirent du jeu au piano dans le « Ragtime », soit un dérivé du jazz. Cela explique aussi la forte présence d’accords de septième de dominante dans leurs pièces.

Plus récemment, des guitaristes comme Andy McKee, Erik Mongrain, Kaki King, Peteri Sariola ou Justin King ont amené le style à un tout autre niveau ; communément appelé le « air tapping ». Cette technique pittoresque combine le finger picking, guitar drumming et le bon vieux guitar tapping.

De manière un peu plus personnelle, j’admets avoir un « faible » pour Ewan Dobson qui s’inspire des musiques de jeux vidéo des années 80 et du Dance des années 90 :

Débuter du bon pied en finger-picking

Le fondement de base du finger-picking reste assez primitif : donc, si vous êtes un parfait débutant en guitare, ne soyez pas trop intimidé par cette technique à part entière. Vous pourrez commencer à l’appliquer très rapidement en suivant ces quelques conseils. Elle vous permettra même de développer d’autres facettes de votre jeu.

L’idée derrière le finger-picking est d’arriver à recréer une pièce intégrale, tout seul, donc de jouer simultanément la basse, l’accompagnement et la mélodie. Dans la plupart des cas, les doigts de la main droite doivent jouer des notes de manière désynchronisée. Pendant ce temps, le pouce s’adonne aux basses.

Dans le premier exercice, nous allons jouer un plan de finger-picking classique. Chaque doigt de la main droite devra jouer sur une corde bien définie. Par conséquent, quelques sessions seront peut-être nécessaires pour appliquer et faire sonner comme il se doit cette technique. La manière la plus efficace d’apprendre le finger picking consiste à débuter très lentement, puis d’accélérer de façon progressive

Principalement dans le classique, il existe une règle fondamentale du finger-picking, donc qui ne peut être « transgressée » (bon, il y a toujours quelques exceptions !) : au niveau de en main droite, le pouce doit s’occuper des trois cordes graves, tandis que l’index et l’annulaire jouent les cordes aiguës :

  • Corde de mi (aiguë) → Annulaire
  • Corde de si → Majeur
  • Corde de sol → Index
  • Cordes de la, et mi (grave)→ Pouce

Dans le cas d’arpèges sur cinq cordes ou de certains accords plus complexes, il arrive que l’on utilise l’auriculaire. Mais en classique, ça reste plutôt anecdotique. Le petit doigt est sollicité surtout dans la musique contemporaine, dans le style de Léo Brouer.

Exercice 1

Dans un premier temps, nous allons s’adonner au mouvement de base du finger-picking « d’antan », essentiellement popularisé par Chet Atkins et Marcel Dadi.

Les notes de basses sont jouées avec le pouce, soit entre la fondamentale et la quinte de l’accord.

apprendre-le-finger-picking-exercice-1

C’est un motif assez typique et simple à exécuter. Il consiste tout bonnement à travailler l’élan de base de la technique du finger-picking en guitare « folk ».

Je vous conseille (au niveau de la main gauche) de tirer parti de la forme de do majeur en entier en vue d’amener de nouvelles prospectives d’arrangements.

J’ai ajouté au plan une petite « mélodie » dans les aiguës (deux fois la note do, puis deux fois la note de ) pour entraîner votre petit doigt (auriculaire) à la main gauche.

L’exercice peut être joué de deux manières différentes, soit : binaire ou ternaire (pour s’initier au « ragtime »).

Exercice 2

Ce plan s’inspire du jeu de finger-picking en guitare classique. Maintes compositeurs italiens (dans le style de Ferdinando Carulli, Silvio Ranieri, Filippo Gragnani, etc.) ont œuvré pour ce genre, notamment en composant des études (petits morceaux pour le travail de l’instrument qui étaient à l’origine destinés à leurs élèves).

apprendre-le-finger-picking-exercice-2

Comme vous pouvez le constater, cet exercice d’initiation au finger-picking n’est guère plus qu’une suite d’arpèges de cadences classiques.

On peut très bien y distinguer une cadence classique V7 → I min, voire très fréquente : IVm6 – V7 → I min.

Une pratique assidue de ce motif de finger-picking permet de développer la dextérité, la précision des doigts de la main droite, de même que le mouvement du pouce, sans oublié le jeu prépondérant entre les cordes grave.

Pour jouer correctement cet exercice, vous pouvez soit former les accords en entier ou poser les doigts seulement sur les cordes qui doivent être jouées. La première option permet de travailler les accords (pour les guitaristes débutants), la seconde est la plus adaptée et de loin la plus accessible.

Exercice 3

Dans cette partie, nous reprenons le célèbre morceau « Nothing Else Matters » du groupe Metallica. Toute l’intro, ainsi que le couplet, sont de bons (et mélodieux) exercices pour apprendre le finger-picking.

L’introduction du morceau s’apparente tout à fait à un jeu classique en arpèges. Pour cette raison, nous allons surtout travailler le couplet.

apprendre-le-finger-picking-exercice-3

Portez une attention particulière à la structure du couplet. Pour cela, il faut connaître la méthode de composition.

Le morceau est en mi mineur. La plupart du couplet repose sur les accords de sol m, ré m et mi mineur.

Pour rappel :

Degré
I
II
III
IV
V
VI
VII
Tonique Mi Fa# Sol La Si Do
Triade mineur mineur (b5) Majeure Mineure Mineure Majeure Majeure

La fin du couplet est constituée de notes de la gamme de mi mineure harmonique, avec un si 7 (septième de dominante de l’accord de mi mineur du Ier degré).

Si on fait cet aparté, c’est pour l’organisation du jeu de la main gauche qui devra tenir sur ses accords aux moments de leurs appuis.

Ainsi, il vous sera nettement plus facile d’exécuter des plans en finger-picking.

Contrairement aux exercices précédents, celui-ci repose sur un débit irrégulier et impétueux.

En jouant ce morceau, on sollicite davantage l’annulaire et le majeur de la main gauche. Dans la mesure du possible, le pouce doit demeurer immobile.

Exercice 4

Pour ce quatrième exercice, nous allons étudier le jeu en picking plus traditionnel dans le genre Marcel Dadi ou Chet Atkins. Nous jouerons les basses avec le pouce de la main droite, la mélodie sur les cordes aiguës et les autres doigts créeront l’harmonie (donc, les accords).

Le morceau que nous allons jouer pour développer votre finger-picking date du XVIe siècle et s’intitule Greensleeves.

apprendre-le-finger-picking-exercice-4

Dans cette version simplifiée de la pièce anglaise, il y a absence complète du jeu « harmonique ». Pour l’instant, nous allons jouer uniquement les basses (au pouce) sur le premier de chaque mesure, puis la mélodie avec les autres doigts.

Si je n’ai pas défini ce que doivent jouer les autres doigts (outre la mélodie et le pouce), c’est qu’elle peut être jouée de différentes façons. Dans ces conditions, le mieux est de l’approcher en fonction de vos préférences. L’important consiste à maintenir un débit relativement stable, tout en soutenant le rythme mélodique ainsi que le placement des basses.

Dans la vidéo, nous pouvons très bien remarquer l’appui de la main gauche sur les accords concernés. En finger-picking, dans le style de Tommy Emmanuel, le rythme harmonique est habituellement appuyé et l’harmonie plus « riche ». Aussi, les positions sont nettement moins prévisibles ou déchiffrables. De la sorte, il faut anticiper les accords qui devront être appuyés dans le plan.

Exercice 5

Maintenant, voyons en détail comment Marcel Dadi (digne descendant de Chet Atkins) exploite le jeu en finger-picking.

Quoi de mieux qu’étudier une œuvre très connue : Le Derviche tourneur.

apprendre-le-finger-picking-exercice-5

Dans cet exercice d’apprentissage du finger-picking, monsieur Dadi exprime un son folk davantage conventionnel, impliquant des accords : majeurs, mineurs et septième de dominante qui conduit vers une résolution sonore dans le 1er et VIe degré.

La technique de finger-picking employé reste assez typique et inclut un mouvement de basse au pouce alternant une note grave et une note un peu moins grave, soit : la tonique ou la quinte (parfois la tierce).

Au début, il est essentiel de jouer ce plan très lentement pour mieux discerner les différentes positions de la main gauche. Puis, augmentez progressivement la vitesse de jeu, bien sûr, toujours avec un métronome (nous le répéterons jamais assez !).

Exercice 6

L’exercice est extrait d’une pièce d’Ewan Dobson. Comme je disais plus tôt, c’est un musicien que j’apprécie beaucoup et je vous invite à le découvrir…

Ewan interprète « Time » en open C. Mais pour les besoins de cet exercice sur le finger-picking, le plan a été transposé dans un accordage standard (sans altérer la tonalité de la pièce).

apprendre-le-finger-picking-exercice-6

Les notes en transparent correspondent aux « basses » qui doivent être jouées avec le pouce et l’index (quand il y a des doubles-croche). Tandis que les notes noires sont celles de la ligne mélodique jouée avec l’index et le majeur.

La difficulté de cette intro de « Time » réside dans le mouvement de l’index qui, occasionnellement, vient soutenir le pouce dans les notes graves, autrement, il se concentre sur la ligne mélodique.

Si vous débutez en guitare, et plus particulièrement en finger-picking, peut-être aurez-vous aussi de la difficulté à jouer les basses parfaitement et sur le rythme. Par conséquent, avant de le mettre en pratique, je vous recommande d’écouter attentivement le morceau pour bien vous imprégnez des notes et de la mélodie.

Télécharger (en cliquant ici) ces 6 exercices d’initiation au finger-picking (fichiers GuitarPro).

Pour conclure…

Comme vous l’avez sans doute constaté, la technique du finger-picking en guitare peut s’appliquer de mille et une façons et s’adopter dans plusieurs styles de jeux.

Ce cours-ci, étant simplement une brève introduction au finger-picking, je n’ai pas abordé le style d’autres formidables musiciens tels que Javier Reyes (guitariste de Animals As Leaders qui a également un projet solo : Mestis). Il arrive à jouer en finger-picking (classique ou moderne) dans des styles qui s’éloignent considérablement du folk, du new orleans ou du jazz traditionnel. Il se spécialise plutôt dans le metal progressif / djent / fusion…

La maitrise de cette technique permet d’ouvrir plusieurs portes en musique. Les guitaristes comme John Buttler ou Andy McKee en ont fait leur « marque de commerce » et sont parvenus à créer de superbes pièces, au même titre que Marcel Dadi ou Pierre Bensusan, dans un autre registre.

Évidemment, comme toutes les autres techniques à la guitare, le finger-picking nécessite beaucoup de travail pour bien la maitriser. Donc au final, ça reste à vous de vous l’approprier et vous en servir à votre guise ! ;-)

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À propos de l'auteur : Sophian Alkurdi

Diplômé de la Music Academy International de Nancy, j’enseigne maintenant la guitare dans l’Espace Musical de la Digue, sur Guitare Domination, et j'écris la musique pour l’ESMA (Ecoles Supérieures des Métiers Artistiques) pour un film d’animation ainsi que pour différents projets (courts métrages et autres domaines artistiques). Vous pouvez me retrouver sur Facebook, Google+ ou visiter mon site web personnel : www.sophianalkurdi.com.

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4 commentaires pour "Comment apprendre à jouer en « finger-picking » à la guitare"

  1. Julien Mercadier le 14 mars 2014 à 17 h 53 min

    Magnifique cours ! Ces petits plans sont effectivement très utiles et explicites pour une première approche raisonnable du finger-picking. J’ai encore du mal à coordonner les mouvements, mais je m’entraîne !

  2. Morgane H. le 14 mars 2014 à 14 h 15 min

    Encore merci cher Sophian! Une fois de plus, j’ai beaucoup de travail sur la planche, surtout si je veux arriver à jouer convenablement du finger-picking! Aussi, j’ai visionnée d’autres vidéos sur YouTube de Ewan Dobson. J’aime beaucoup! :)

  3. Jérôme12735 le 14 mars 2014 à 11 h 11 min

    Excellent tuto pour le grand débutant en guitare que je suis… À l’écoute, le finger-picking est une technique que j’apprécie spécialement et pourtant j’ai encore du mal à la maîtriser, mais ton approche et très efficace, ça va m’aider, merci !

  4. Oumaima le 14 mars 2014 à 3 h 20 min

    C’est vrai que la technique du finger-picking n’est pas aussi simple qu’elle peut paraître. Ce n’est pas pour rien que certains guitaristes en font une « spécialité ». Pour des pièces pour débutants comme celles présentées dans cet article, ça peut toujours aller… mais dès que ça se complique, c’est très difficile d’entièrement dissocier le jeu des deux mains et des doigts étant donné que c’est le même hémisphère du cerveau qui contrôle à la fois le rythme et tous les mouvements.

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